Le site de Gerhard Richter ressemble à la préface de n'importe quel site web d'artiste, du moins c'est ce que je me suis dit au premier abord. Je faisais un parallèle avec la présentation classique du menu déroulant (avec biographie, expo, œuvres, contact...) surplombant des images de l'oeuvre de l'artiste. A priori, rien ne changeait du site de Mark Ryden, la forme de classement est la même. C'est en voulant rentrer plus en détail dans le site de Richter que je me suis rendue compte de la complexité sans fin qu'il nous donnait à voir. Par exemple, quand on clique sur une de ses œuvres, une multitude d'information apparaissent, il n'y a pas uniquement les informations basiques (nom, taille, technique utilisée), mais aussi des notes, des liens renvoyant à ce qu'il appelle des « micro sites », ou encore à d'autre pages. En tant que spectateur qui parcours son site, on est noyé sous une couche épaisse d'information, on passe de page en page, et j'assimile ce système à un véritable labyrinthe. Quel était l'information de base que je recherchais ? Je me suis posée la question de nombreuses fois. C'est d'une richesse, et d'une précision rare, on ressent vraiment l'envie de l'artiste de créer une boucle sans fin.

Je pense que ce type d'atlas peut être assimilé à sa technique de travail. Effectivement, quand on recherche plus en profondeur, on peut se rendre compte qu'il a un travail très éclectique, et différents centres d’intérêts. A la fois virtuose dans la peinture, certaines de ses toiles sont traités avec une précision à peine croyable, elles semblent être des photographies. Mais aussi grand amateur d'abstrait, Jackson Pollock et Luciano Fontana sont ces piliers artistiques, il a une grande dextérité, et une sorte de certains lâcher prise dans ces toiles abstraites.

Les différents centres d’intérêts qu'il nourrit, font de Richter une personne très riche. Au dela, de son habilité à jongler d'un style à un autre, ce qui est remarquable c'est la précision qu'il exerce dans chacun de ses domaines. Richter argumente toujours son travail de citations, ou de recherches scientifiques. Son travail est empirique, et ne semble jamais avoir de fin.

Sa technique de travail est appliquée, dans un documentaire que j'ai pu voir, on voit nettement sa concentration dans les gestes qu'il exerce sur sa toile. Ils sont à la fois lents, et mesurés, comme s'il savait pertinemment comment unir les couleurs ou les mettre en opposition. Par la suite, quand il revient sur ses toiles, il laissent place à l'instinct, ces gestes sont plus fluides.

J'ai trouvé en cherchant les mots justes pour illustrer son travail une citation d'un journaliste: « Une expressivité construite comme équilibre entre la maîtrise et l'abandon »

En comprenant cela, je me dis que Richter ne peut être que lui même l'auteur de son site web. Il construit son site comme une repère extrêmement précis, on peut en effet trouver toutes les informations inimaginables sur son travail. Mais plus on s'enfonce dans la matière qu'il nous donne, plus on se perd, comme dans l'étendue de ses toiles où au bout d'un moment on s'abandonne dans l'espace.

Je tenais à soulever un autre point important. Sur le site de Richter, on est souvent renvoyé vers d'autres sites, ou vers des citations, et cette composante est assez rare, voir inexistante sur les sites d'autres artistes. A l'inverse de Marcel Duchamp, qui veut « balayer » l'histoire de l'art, Gerhard Richter s'appuis sur celle-ci, il est porteur d'une tradition passée.

Il reprend à son compte l'héritage du romantisme allemand, avec le triptyque Nuage, ou avec Marine. Dans ces toiles le paysage est grandiose et mélancolique.

Deux tendances de l'art, se contre balance dans ses travaux. Il n'y a pas de logique dans son travail, il est précis et impulsif à la fois. Deux qualités que l'ont peut retrouver dans son site, que j’appellerai plus vraisemblablement : son atlas.

AJOUT. Chris Marker

Dès le début de sans soleil, Chris Marker se présente comme « compositeur et monteur », et non comme réalisateur. Je trouvais intéressant de le souligner, car c'est très descriptif de son travail. Il accorde une importance au montage, c'est grâce à celui-ci, qu'il peut créer une histoire en mettant en confrontation des éléments opposés. Dans sans soleil, différentes cultures sont montrées, les pays étendards sont : le Japon, la Guinée Bissau, et le Cap Vert. A l'aide du montage et la voix off, tout est lier, alors que les civilisations sont éloignées.

L'autre force de Chris Marker est d'assembler un élément encore disparate, c'est à dire la voix off, pour le superposer à des images. Le tout fonctionne parfaitement bien, l'écrit donne un discours à l'image.

Chris Marker joue de ses codes, et non seulement dans sans soleil, mais dans toutes ses créations. Dernièrement, j'ai vu une exposition où différents de ses films et documentaires étaient projetés. C'est ainsi que j'ai pu me rendre compte qu'il jouait pour montrer son avis politique. Il est à la fois un artiste qui remet en cause la politique et le rôle des médias ; Je me rappelle d'un de ses documentaires où il raconte l'histoire de Mr Chat, il donne une toute autre vision à ce dessin avec un aspect beaucoup plus politisé, mais aussi comique par l'hyperbole qu'il en fait. Il est aussi un artiste dont on sent la poésie transpirer à travers ses images, et l'assemblage justement vus.

Au final, la manière dont il travaille est retranscrite dans tout ses films, mais aussi dans ses dernières installations interactives. Chris Marker assemble différents éléments, mais en fait toujours une unité grâce à son regard singulier.